La rupture du ligament croisé antérieur est très fréquente en particulier dans les sports de pivot et pivot contact, environ 67 personnes sur 100 000 sont concernées chaque année (1). Avec une tendance à la hausse notamment chez les enfants et les adolescents. Elle représente de plus en plus le début d’un problème articulaire du genou à long terme pouvant conduire à une arthrose post-traumatique.
L’incidence de gonarthrose après rupture du ligament croisé antérieur (LCA) est élevée et fortement modifiée par des facteurs associés. Plusieurs revues et méta-analyses montrent une prévalence élevée mais variable : environ 28% des genoux présentent des signes radiographiques 10 ans après reconstruction dans une méta-analyse (453/1554) (2) ; une synthèse rapporte qu’en moyenne à 10–20 ans, 50% des patients avec rupture diagnostiquée ont de l’arthrose radiographique associée à des douleurs avec déficit fonctionnelle (3) ; le risque après reconstruction est estimé à 38% (prévalence groupée 37.9%) à médiane 14.6 ans, et 40.5% après traitement non opératoire à médiane 15 ans (4).
Les facteurs qui augmentent le risque sont la lésion méniscale/méniscectomie (odds ratio ≈3.5–3.54 pour développement d’une gonarthrose (2) (5), la chondropathie médiale de grade ≥2, l’obésité (BMI élevé) et l’antécédent de méniscectomie (6) (7). l’âge et le sexe contribuent à la variabilité des résultats et le délai entre la lésion et la reconstruction donnent des données discordantes. Par ailleurs, des processus intra-articulaires initiaux (inflammation cytokine/MMP dont IL-6 et MMP‑3 élevés après rupture) jouent un rôle majeur dans l'apparition de l'arthrose post-traumatique (8).
Certaines lésions peuvent être traitées rapidement. Alessandro Di Martino et al. (9) ont étudié la possibilité d'injecter en intra-articulaire un acide hyaluronique pour réduire les effets inflammatoires en post-opératoire ainsi que les douleurs pour permettre une récupération plus rapide. Cette étude a été fait en double aveugle contre placebo, sur trois ans (2012 – 2015). 60 patients ont été inclus avec un âge entre 18 et 50 ans. Chaque sportif a été opéré avec la même technique par des chirurgiens expérimentés et le lendemain de l'opération ils ont bénéficié d'une seule injection d'acide hyaluronique 24 mg d’HYMOVIS®. Les résultats montrent qu’une seule injection de cette acide hyaluronique permet d'améliorer la mobilité articulaire et d'avoir moins de gonflement au niveau du genou.
Des stratégies de prévention secondaire doivent être mise en place , en informant les sportifs sur l’évolution arthrosique, programmer une gestion individualisée de la charge avec un programme personnalisé de renforcement musculaire, de posture (inégalité des membres inférieurs et étude podologique), la reconnaissance précoce des symptômes tels que les épanchements récurrents ou les douleurs persistantes, la possibilité de traitement infiltratif annuel d‘acide hyaluronique et de plasma riche en plaquettes, ainsi que des conseils visant à préserver la santé du genou à long terme (perte de poids , nutritionnel et compléments) . Il s’agit bien sûr d’un travail de collaboration entre les différents intervenants auprès des sportifs (chirurgien, médecin du sport, kinésithérapeute , réathlétiseur , préparateur physique, nutritionniste, podologue du sport, préparateur mental, coach).
Plusieurs revues concluent que la reconstruction du LCA n’empêche pas de manière fiable l’apparition précoce d’arthrose et que l’arthrose résulte de processus intra-articulaires initiaux et de modifications mécaniques ultérieures (6) (3) (7).
La prise en charge globale doit permettre au sportif de reprendre dans les meilleures conditions tout en préservant son genou à court, moyen et long terme. La santé articulaire demeure un enjeu bien au-delà de la carrière sportive.(10)
Bibliographie :
1. Philippe M. Tscholl et al.
Est-ce que la reconstruction du ligament croisé antérieur réduit le risque de l'arthrose !?
Journal de traumatologie du sport en 2025 ; 42 (deux) : 193 – 199
2. Claes S, Hermie L, Verdonk R, Bellemans J, Verdonk P. Is osteoarthritis an inevitable consequence of anterior cruciate ligament reconstruction? A meta-analysis. Knee Surgery, Sports Traumatology, Arthroscopy. 2013. doi:10.1007/s00167-012-2251-8
3. Lohmander L, Englund P, Dahl L, Roos E. The Long-term Consequence of Anterior Cruciate Ligament and Meniscus Injuries. The American Journal of Sports Medicine. 2007. doi:10.1177/0363546507307396
4. Liukkonen R, Vaajala M, Mattila VM, Reito A. Prevalence of post-traumatic osteoarthritis after anterior cruciate ligament injury remains high despite advances in surgical techniques. The bone & joint journal. 2023. doi:10.1302/0301-620X.105B11.BJJ-2023-0058.R1
5. Barenius B, Ponzer S, Shalabi A, Bujak R, Norlén L, Eriksson K. Increased Risk of Osteoarthritis After Anterior Cruciate Ligament Reconstruction. The American Journal of Sports Medicine. 2014. doi:10.1177/0363546514526139
6. Dare D, Rodeo S. Mechanisms of Post-traumatic Osteoarthritis After ACL Injury. Current Rheumatology Reports. 2014. doi:10.1007/s11926-014-0448-1
7. Wang L, Zeng N, Yan Z, Li J, Ni G. Post-traumatic osteoarthritis following ACL injury. Arthritis Research & Therapy. 2020. doi:10.1186/s13075-020-02156-5
8. Higuchi H, Shirakura K, Kimura M, Terauchi M, Shinozaki T, Watanabe H, et al. Changes in biochemical parameters after anterior cruciate ligament injury. International Orthopaedics. 2006. doi:10.1007/s00264-005-0023-5
9. Alessandro Di Martino et al.
Early viscosupplémentation after anterior cruciate ligament reconstruction: a randomized controlled trial.
Am J Sports Med 2016
10. Rambaud A, Morel G, Prill R, van Melick N, Forelli F. Is Knee Osteoarthritis an Inevitable Consequence for Athletes after Anterior Cruciate Ligament Injury? Int J Sports Phys Ther. 2026;21(6):e603-e603. doi:10.26603/001c.152146.